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Autisme et alimentation : les premiers résultats européens dévoilés

Une première année de diagnostic riche et inédite

L’alimentation joue un rôle central dans la santé, le bien-être et l’autonomie de chacun. Mais pour les adultes présentant un TSA, elle peut devenir un véritable défi. Sélectivité alimentaire, hypersensibilités sensorielles, rigidité des habitudes, difficultés de communication… autant de facteurs qui rendent les repas complexes, aussi bien pour les personnes concernées que pour leurs proches et les professionnels.

C’est dans ce contexte qu’est né le projet européen APIA, lancé en décembre 2023 pour une durée de trois ans. Son objectif est clair : favoriser l’inclusion et l’autonomie des adultes présentant un TSA grâce à une alimentation adaptée, en apportant des outils pratiques aux aidants et aux professionnels.

Une première année consacrée au diagnostic

La première étape du projet, menée de janvier 2024 à mars 2025, a permis de dresser un état des lieux inédit à l’échelle européenne.
Les partenaires – chercheurs, professionnels de santé, associations spécialisées et experts en nutrition – ont uni leurs forces pour combiner plusieurs approches :

  • 1 revue de littérature scientifique (43 articles analysés), qui a donné lieu à une publication internationale dans la revue Nutrients

  • observations de repas auprès de 16 adultes autistes, en Italie et en Espagne

  • 20 entretiens qualitatifs avec des aidants et des professionnels

  • 1 enquête quantitative recueillant 168 réponses dans quatre pays (France, Belgique, Espagne, Italie)

  • 1 consultation d’experts grâce à la méthode de Delphes

Cette méthodologie croisée a permis de mettre en lumière des constats partagés, mais aussi des besoins très concrets, souvent négligés.

Problématiques alimentaires et autisme : des liens indéniables

Les résultats sont clairs : plus de 90% des répondants confirment que les caractéristiques sensorielles des aliments (texture, goût, odeur, couleur) influencent directement les comportements problématiques au moment des repas.
De même, plus d’une personne sur deux estime que les difficultés comportementales interfèrent régulièrement avec la capacité à manger.

Ces enjeux se traduisent par :

  • une forte sélectivité alimentaire et une peur des nouveaux aliments

  • des tensions au sein des familles lors des repas

  • une alimentation souvent trop riche en produits transformés et pauvre en variété

  • un impact réel sur la santé : obésité, insuffisance pondérale, diabète, maladies cardiaques, troubles digestifs ou du sommeil

Des contraintes fortes pour les aidants et les structures

Si les familles et les professionnels sont conscients de ces enjeux, ils se heurtent à de nombreuses limites. Près de 70% des professionnels déclarent ne pas disposer des moyens nécessaires pour adapter l’alimentation aux spécificités sensorielles des personnes qu’ils accompagnent.
Les contraintes financières, le manque de formation spécialisée et la difficulté à instaurer des régimes personnalisés dans les centres sont autant de freins.

Pourtant, certaines pistes d’action montrent leur efficacité :

  • l’exposition progressive et répétée à de nouveaux aliments

  • le renforcement positif et la création d’un climat de confiance

  • la mise en place d’un environnement calme, cohérent et prévisible lors des repas

Former, accompagner, agir

Un autre constat majeur ressort de cette étude : 78% des aidants et professionnels se sentent insuffisamment formés aux besoins alimentaires des personnes présentant un TSA.

Les thèmes jugés prioritaires pour de futures formations concernent :

  • la compréhension des sensibilités alimentaires spécifiques

  • les bases de la nutrition

  • des stratégies pratiques pour gérer les repas

  • des outils pour analyser les comportements alimentaires

Les recommandations des participants convergent : il est essentiel de renforcer la formation des professionnels de santé, d’intégrer des nutritionnistes spécialisés dans les établissements, d’allouer davantage de ressources aux structures, et de promouvoir une éducation nutritionnelle à long terme auprès des personnes autistes elles-mêmes.

Transformer la recherche en actions

Cette première synthèse pose les bases d’un travail collectif qui se poursuivra jusqu’en 2026. L’ambition d’APIA est désormais de transformer ces résultats en outils pratiques et supports pédagogiques, afin que chaque repas devienne non pas une source de tension mais un moment d’autonomie, de plaisir et de bien-être partagé.

Cette dynamique s’est notamment renforcée lors de la 3ᵉ réunion transnationale du projet, organisée en juin à Cagliari (Sardaigne). L’immersion au sein de la structure d’accueil, la visite de l’établissement et la participation à un atelier cuisine ont permis aux partenaires de confronter les travaux théoriques aux réalités du terrain. Ces temps d’observation et de mise en situation ont contribué à affiner les orientations pédagogiques, à consolider les productions en cours et à poser les bases du futur guide méthodologique du projet.

À lire également : Former pour mieux nourrir et mieux inclure – 3e réunion transnationale

Pour recevoir les résultats complets de l’enquête :
contact@lesinsatiables.org

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